Le colorisme

Femmes de différentes carnations sur un canapé

Définitions

Introduit en 1982 par Alice Walker (écrivaine et militante afro-féministe notamment connue pour avoir été récompensée en 1983 par un prix Pullitzer pour son roman La Couleur pourpre), le colorisme, comme je le dépeins, désigne à mon sens une forme de discrimination, découlant des idéologies racistes, hiérarchisant les carnations de peau en valorisant et favorisant les teints plus clairs au détriment des teints plus foncés au sein d’une communauté ou d’une société donnée. Ces réflexions encouragent des idéaux de beauté basés sur la clarté de peau des individus formant ainsi des schémas comportementaux discriminants. Ces schémas de pensée instaurent & induisent alors des inégalités observables dans de nombreux environnements:

  • l’employabilité
  • la sphère du relationnel (couple, …)
  • l’éducation et la perception des enfants dans leur construction identitaire
  • la sphère familiale

Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, le colorisme ne touche pas seulement les communautés noires mais aussi des communautés asiatiques, maghrébines, latines, … En effet, le colorisme se veut malheureusement universel dans son concept et donc apatride dans la mesure où les critères de beauté encouragés par le colorisme découlent d’un point de vue eurocentrique n’impliquant pas que les diverses communautés noires mais un spectre ethnique beaucoup plus large.

différentes textures de cheveux - illustration

En découlent notamment des phénomènes et schémas de pensées sous-jacents dont la hiérarchisation des textures capillaires, avec le texturisme, discriminant les fibres se rapprochant le plus des cheveux crépus en valorisant les textures les plus souples et lisses. C’est d’ailleurs un sujet qu’a abordé le média Tétons Marrons dans le cadre d’une polémique au regard du challenge #biracialgirl.

La culture du texturisme pousse d’ailleurs beaucoup de filles à vouloir se défriser ou s’assouplir les cheveux (avec des produits aux propriétés dénaturantes pour la texture originelle du bulbe de celles-ci) non pas par soucis de praticité mais pour correspondre aux idéaux de beauté qui découlent des idéologies précédemment citées. Bien-sûr, beaucoup de femmes continuent d’utiliser ces produits par préférences esthétiques et non pas forcément en réponse à un mal-être intégré.

De surcroît, en tant que rédactrice web, j’ai même pu constater que le terme « colorisme » n’était toujours pas pleinement intégré dans le langage, ou du moins dans la langue française. J’ai constaté que ce soit sur Word, WordPress ou d’autres plateformes de rédaction, que ces termes n’étaient pas pleinement inclus et donc pas encore assez [ re- ]connus.

Comment se traduit-il?

Le colorisme (et le texturisme) peut(-euvent) alors se manifester par des micro-agressions dont des remarques du type (remarques subies ou entendues):

  • « Tu es belle pour une noire.« 
  • « Pourquoi tu ne mets pas de crèmes éclaircissantes? Tu serais encore plus jolie.« 
  • « Dommage que ta peau soit foncée, au moins t’as des beaux cheveux. » ou inversement « Heureusement que t’es claire parce que avec tes cheveux hrach là…« 
  • « Ne reste pas au soleil trop longtemps, tu vas devenir trop noire.« 
  • « J’espère que tu te mariera avec un(e) blanc(he), comme ça tu auras de beaux enfants.« 
  • « Je ne pourrais pas sortir avec un noir, ça fait sale, je préfère les métisses/blancs/…« 

Ces remarques s’inscrivent dans la banalisation et l’intégration de schémas de pensées coloristes à caractère dévalorisant au même titre que des micro-agressions de racisme dit « ordinaire ». Ce sont ces mêmes réflexions qui ont amené le terme « noir », quand il désigne la couleur de peau d’un individu, à se voir tabouïsé (dans la langue française) et remplacé par « black » dont l’anglicisme faciliterait la prononciation et l’acceptation. Le terme « noir » devient alors presque redouté, comme une insulte.

On m’a un jour dit que ce qui dérange dans une insulte n’est pas forcément la caractéristique qui nous est reprochée mais la manière dont on la désigne. Prenez « sale noir » ou « sale grosse » par exemple. En soit, être noir ou être gros ne constitue en rien une insulte, c’est ce qu’on en fait qui dénigre et dévalorise ces caractéristiques. C’est le terme « sale » qui vient entacher la connotation d’un terme, à première vue, descriptif. C’est le dédain dégagé par la tonalité de son emploi qui en fait une remarque discriminante. Il n’y a donc aucune culpabilité ni aucune honte à ressentir dans le fait d’être noir ou bien gros.

Parmi les remarques que j’ai pu entendre, à titre personnel, s’inscrit notamment la suivante qui m’a inspiré l’écriture de cet article:

« Au fond, tu es plus blanche que noire parce que tu fais des études intelligentes.« 

Ici, on remarque que les caractéristiques physiques sont liées de manière directe aux capacités intellectuelles sur une base absurde et dénuée de fondements. Par manque de justification et de logique, on devine une intégration d’idées racistes. On voit ici que la clarté de peau est liée à l’intelligence comme si cet attribut avait un impact sur le savoir et la perspicacité.

Alors, bien que la couleur de peau fasse partie de nos caractéristiques identitaires (en prenant compte que par exemple ce critère physique n’a pas toujours été anodin historiquement), celles-ci ne se limitent pas à ça et nous ne nous définissons pas que par notre carnation et notre taux de mélanine ou par la texture de nos cheveux. Nous ne nous limitons pas à notre apparence et ainsi nos capacités physiques (sportives, sexuelles, …), intellectuelles, … ne sont pas déterminées par ces attributs biologiques. Seuls des stéréotypes nés de constructions sociales établissent des corrélations entre ces différentes entités qui chacune, additionnellement et non de manière inter-dépendantes, nous décrivent dans notre individualité et non en tant qu’ensemble (au sein d’une communauté ou d’une ethnie).

Ces idées et idéaux peuvent induire des comportements dont la consommation de crèmes éclaircissantes dont la dangerosité n’est souvent pas soupçonnée par ses utilisateurs-trices. Ces produits controversés contiennent des substances ayant des effets néfastes sur le corps allant de boutons jusqu’au cancer en passant par de graves brûlures de la peau. La dénonciation de leur usage est d’ailleurs le coeur du combat du média Stop Depigmentation. Le média apporte notamment une définition au colorisme que vous pouvez le voir ci-contre.

Par ailleurs, le colorisme se manifeste aussi dans les représentations. En effet, celles-ci sont importantes dans les constructions identitaires (notamment chez les enfants) et dans la capacité à se projeter dans un domaine ou un secteur d’activité. Les représentations dominantes sont un premier reflet des croyances partagées d’une population donnée. Ainsi, que ce soit dans les médias, dans le mannequinnat, dans le divertissement (longs métrage, télé-réalité, …), on constate que les personnes à la peau foncée sont sous-représentées, moins valorisées ou mobilisées à des fins encourageant certains stéréotypes raciaux ou en guise de quotas.

"Let's talk about race" - CHRIS BUCK FOR O MAGAZINE

Petite fille blanche se tenant devant un rayon constitué uniquement de poupées à la peau noire.

Avec ce cliché que nous propose Chris Buck ci-contre dans le cadre de son projet « Let’s talk about race« , l’image vient se placer comme le témoin d’une perspective inversant les rôles prédominant en Occident. On observe alors une jeune fille à la recherche d’une poupée dans un rayon où aucune ne lui ressemble. Bien que cela puisse paraître anodin pour certains, ce « détail » s’ajoute à la liste des outils de représentations (et donc de reflet de la notion de beauté dans une société donnée).

On peut alors citer, dans cette même dynamique, l’étude du « Doll Test », née aux États-Unis, dont le but est d’identifier dans l’esprit de différents panels d’enfants, comment se manifesterait la beauté selon eux en leur présentant 2 poupées: une noire et une blanche. Reproduites à de nombreuses reprises, on observe ici l’impact des constructions sociales dans leur agilité à désigner la « poupée la plus moche« , « la plus ghetto« , « la plus méchante« , … On témoigne malheureusement d’une poupée noire recueillant, la plupart du temps, la plupart des désignations péjoratives au profit de la valorisation de la poupée blanche.

Le test de la poupée

Les origines

Nombreux sont les facteurs qui peuvent amener une personne à avoir des raisonnements favorisant le colorisme (éducation, environnement de développement, proches, …). Néanmoins je désignerais les époques coloniale et ségrégationniste comme éléments de réponse dans l’identification de la genèse des comportements modernes (et d’antan) dont les schémas de pensées racistes ont fait jaillir plusieurs formes de colorisme:

  • colonialisme et ségrégationnisme – le colorisme comme séquelles des épisodes coloniaux et résultats des combats raciaux: Je citerais ici Frantz Fanon qui dans son ouvrage Peaux Noires, Masques Blancs nous dit que « Les peuples colonisés ont fini par intégrer les discours de stigmatisations, le sentiment d’être inférieur, par mépriser leur culture, langue et peuple et souhaitent par résultat ressembler au colonisateur. ». Ici, on identifie le colorisme comme le résultats des hiérarchies sociales induites par la racialisation datant des périodes coloniales. En effet, selon les idéologies cultivées durant ces époques, les caucasiens se voulaient supérieurs intellectuellement comme physiquement seulement en raison de leur couleur de peau. Ainsi, dans les représentations des idéaux de beauté (dans la publicité, à la télévision

On m’a souvent reproché d’aborder un thème déjà assez populaire et déjà trop abordé par de nombreuses entités mais le colorisme existe toujours et tant qu’il existe et qu’il encouragera un système inégalitaire et des comportements dégradants il méritera d’être dénoncé.

Pour les personnes intéressées par le sujet et qui voudraient en savoir davantage sur cette notion et les comportements qu’elle désigne, je vous invite à regarder la conférence Ted ci-dessous animée par Amaya Allen (les sous-titres sont générés automatiquement si nécessaire) qui dépeint dans un storytelling captivant les rouages du colorisme.

S’il y a une chose à retenir, c’est que quelque soit la carnation de votre peau, vous êtes beaux qu’importe les critères de beauté . Ne vous limitez pas aux sous-représentations de vos semblables physiques encouragées par la société qui vous entoure, vous êtes tout autant légitimes d’atteindre vos objectifs (mannequinat, chronique, …) qu’un autre individu. Le combat contre le colorisme et les mentalités qui en découlent est un processus évolutif qui mérite de continuer de dénoncer les micro-agressions et les schémas de pensées dégradant.


AND DON’T FORGET TO EMBRACE YOUR PERFECT IMPERFECTIONS !


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