La santé mentale dans la communauté noire

Femme noire au regard intense qui nous fixe de front les main accolées aux tempes

Mon expérience

J’ai longtemps cultivé un rapport assez intime à ma santé mentale par honte, peur du regard d’autrui, manque de représentation, de reconnaissance ou de compréhension. Fille d’immigrés africains, née sur le sol français, j’ai longtemps été perçue par ma famille comme un objet de l’occidentalisation, un être « trop francisé » marqué par la culture environnante.

Issue d’une famille multiculturelle où la mixité ethnique prédomine, j’ai pu être témoin d’un large spectre de mentalités, de cultures et de traditions qui ont élargit ma culture générale et étendu mon ouverture d’esprit. Fruit d’une société à tendance cosmopolite, je m’alimente alors (artistiquement, culinairement, spirituellement, historiquement) des récits & cultures du monde tentant de porter un regard panoramique et reculé, affranchi d’un point de vue et d’une critique trop eurocentrés.

Ainsi, mon éducation et mon entourage favorisent l’alimentation d’une culture africaine et la société qui me modélise me conditionne dans des schémas multiculturels accompagnés de tendances prééminentes à des comportements et idéologies propres à l’Occident.

Ainsi, quand je cherchais du réconfort ou de la représentation dans mon cercle familial, je peinais à satisfaire mon besoin qui lui-même était pointé du doigt comme un « caprice« . Je ne pouvais me résoudre à blâmer un manque d’effort pour me comprendre ou une fermeture d’esprit trop assumée car j’excusais ces reproches comme des éloignements culturels et une éducation trop different(e)s. Bien que je soit consciente aujourd’hui que mes émotions sont valides, on a longtemps pointé du doigt mes états mentaux comme des « caprices » réduisant mes troubles et mes maux à coups de déni:

  • « La dépression c’est un truc de blancs. »
  • « Il n’y a pas de raison d’être triste dans la vie, il y a pire que toi« 
  • « Les psy c’est pour les bourges ou les fous. »
  • « Etre psy, ce n’est pas un vrai métier, docteur c’est bien, les psy, c’est pour les blancs. […] Alors oui tu peux faire les études qui te plaisent mais pas en psychologie. Il n’y a pas de débouchés, ce n’est pas fait pour toi.« 

Alors oui, il y a pire que moi mais la gratitude ne minimisait pas pour autant ma douleur. J’avais, en tant qu’enfant d’immigrée née et élevée en Occident, des privilèges auxquels d’autres enfants de mon âge n’auraient pas pu avoir accès dans mon pays d’origine (en raison du développement du pays ou de la capacité à prendre en charge et en considération les revendications des générations qui se développent).

Longtemps, on niait donc mes états mentaux et je me perdais sans référents dans un cercle où on m’imposait de me tasser, de m’oublier et donc de ne pas guérir. J’observais des membres de ma famille rire de ceux qui avaient le « courage » de se soigner en diminuant leur condition par du sarcasme. Bien qu’ayant bénéficié de services psychologiques en raison de mon statut d’enfant dit « précoce », la nécessité d’établir un suivi ne s’est pas manifestée dans ma famille. Je me retrouvais donc privée de soins et de référents psychologiques appartenant à la communauté noire et afro-descendante. Non pas que ces référents n’existaient pas, mais que leur manque de médiatisation et de mise en avant, leur effectif tût par des personnalités caucasiennes prédominantes dans ce secteur, ces entités se retrouvaient être amenuisées.

En grandissant, je devais faire face à mes propres maux et affronter mes responsabilités. Je devais arrêter d’attendre qu’une main se tende et demander l’aide que je pensais nécessiter, moi-même. Et chaotiques ont été ces expériences psychologiques. Entre ces psychologues qui niaient l’existence d’un racisme ambiant en France et ceux qui me blâmaient de guérir par période avant de rechuter, comme si une fois touché par la dépression, on ne pouvait plus avoir droit de s’épanouir et de venir se confier.

  • « Sors de mon bureau, je veux rentrer chez moi plus tôt aujourd’hui, tu es ma dernière patiente. Si tu n’es pas triste pour le moment, ça ne sert à rien qu’on parle même si tu estimes pouvoir rechuter avec tes partiels qui arrivent et les autres événements de ta vie qui les accompagnent. Attends d’être triste pour revenir. » : suite à cela, elle m’a donné un rendez-vous pour 2 mois plus tard et a égaré mon dossier.
  • « Alors c’est pas si grave de se faire appeler « sale noire », tu devrais peut-être faire un effort pour t’intégrer. »

Nombreuses ont été les remarques désobligeantes et bien loin de l’aide, de l’écoute ou de l’empathie que j’espérais rencontrer au travers de ces diverses séances avec ces différents professionnels de santé. Et en effet, comme je le souligne dans l’article « Les Bons Mots« , les bons mots ne sont parfois pas ceux que l’on veut entendre. Pour autant, je n’avais pas l’impression d’être entendue en retour non plus. Je me suis donc moi-même privée de soins psychologiques par fatalisme des expériences passées. Quand je m’y adonnais de nouveau, je n’osais plus donner de seconde chance par le biais d’un deuxième rendez-vous par crainte d’être déçue, d’être jugée ou encore de me montrer trop vulnérable,…

En me rapprochant d’individus africains et afro-descendants, j’entendais les mêmes discours: « Moi aussi ma famille n’est pas familière à la santé mentale« ; « Moi aussi ma mère rejette la dépression et catégorise ça comme un comportement de blancs« , … Mais alors qu’est-ce qui est à l’origine d’un tel rejet? Pourquoi ces individus écartent ces troubles de leur communauté bien qu’eux aussi soient témoins et acteurs de schémas « occidentaux »? Je ne pouvais faire de généralité, alors ces questions sont restées en suspens.

Puis, je me suis mise à chercher des psychologues noir(e)s dans l’espoir qu’un rapprochement ethnique favoriserait une certaine empathie et m’éloignerait de cette auto-censure que je m’infligeais par intégration d’une certaine distanciation sociale, en vain. Dans ma ville, l’accès à ces services et ces entités devenaient pour moi quasiment introuvables ou indisponibles. Je ne pouvais me résoudre à traverser le pays pour avoir accès aux soins dont je pensais qu’ils me convenaient. Etais-je donc condamnée, en tant qu’individu noir, à ne pas avoir la même facilité d’accès à des soins psychologiques? Pourquoi devais-je faire tant « d’efforts »?

Tant de questions qui peuvent nous amener vers la réflexion de savoir s’il est nécessaire d’avoir un psychologue racisé quand on l’est nous-même afin de favoriser l’empathie et l’ouverture au discours. On peut alors faire référence à l’article « Un psychologue noir pour les Noirs » de Racky Ka-Sy (cf. https://rackykapsy.com/2020/02/18/un-psychologue-noir-pour-les-noirs/) qui recouvre ce débat. Car avant d’être noir, le psychologue noir est d’abord un personnel de la santé, indépendamment de ses origines, de sa carnation ou de celles de ses patients.

J’ai eu un déclic lorsque j’ai vu l’extrait vidéo qui suit qui met en exergue ce rapport conflictuel à la santé mentale dans la communauté noire et qui m’a rappelé ces études en psychologie que j’avais délaissé (par conviction ou par influence, je ne le sais toujours pas aujourd’hui).

crédit: Netflix – GRAND ARMY – saison 1 – épisode 7
actrice: Odley Jean

Ainsi naquit la démarche de recherche et d’enquête suivante.

L’enquête

N’ayant ni la science infuse, ni l’expérience universelle pour me prononcer au nom de toute une communauté, j’ai entamé un travail d’enquête.

Lorsque j’ai du effectuer mon démarchage, sur LinkedIn comme sur Instagram, il m’était assez ardu d’identifier des individus afrodescendants appartenant au secteur psychologique (psychologues, psychiatres, …) car ceux-ci paraissaient sous-représentés face à une prédominance de personnes caucasiennes. Mais comment satisfaire son besoin de représentation dans un secteur où l’on ne retrouve pas nos semblables?

Plusieurs interrogations se bousculaient alors dans mon esprit. Un individu afrodescendant aura t-il la même aisance à se confier en présence de sa pair qu’en présence d’un individu qui lui est socialement/ethniquement lointain? Car oui, l’intersectionnalité a un enjeu majeur dans les revendications et les combats modernes (autant dans le féminisme que dans le sexisme ou d’autres formes de combats). La sous-représentation de la communauté noire n’est-elle qu’une impression et un reflet d’un mauvais travail de recherche de ma part ou traduit-elle un réel schéma comportemental et de pensée? Les soins psychologiques sont-ils transposés par d’autres pratiques dans ces cultures? (spiritualité ? …) Quelle est l’origine de cet éloignement à la santé mentale par la communauté noire? (la spiritualité? les traditions? le rapport à la colonisation et aux conquêtes passées et présentes?).

Après avoir établi un panel de psychologues, psychiatres et autres thérapeutes, j’ai alors fait parvenir des questionnaires qui recouvrent les thématiques précédemment énoncées.

Mes recherches ont alors pour but de décoloniser la santé mentale des tabous dans lesquels elle est enfermée dans la communauté noire & de démystifier la santé mentale pour lui donner un label aussi important que la santé physique. Mon dessein est animé par une volonté de donner la parole à des entités compétentes et légitimes de parler et de témoigner pour amener un élément de réponse à la source de préjugés qui encadrent la santé mentale dans la communauté noire.

Plusieurs intervenant(e)s s’exprimeront alors sous plusieurs formats (rédactionnels, podcasts, …). Les noms de chacun d’eux figureront ci-dessous avec le lien qui vous redirige vers leurs réponses:

  • Noire et Psy – psychologue spécialisée en psychologie interculturelle et fondatrice de la plateforme Noire et Psy: A VENIR

L’enquête n’est pas fermée, si vous connaissez quelqu’un qui correspond au profil recherché ou que vous correspondez vous même à ce profil, il vous suffit d’entrer en contact par mail ou sur le compte Instagram. Au terme de cette enquête, nous essayerons d’établir un bilan et une ou plusieurs perspectives de réponses. N’hésitez pas à témoigner et/ou débattre en commentaires ou par DM sur notre compte Instagram.


AND DON’T FORGET TO EMBRACE YOUR PERFECT IMPERFECTIONS !


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